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COLLOQUE DÉFENSE EUROPÉENNE MPEVH – S€D / RENCONTRE AVEC JEAN MARSIA PV3 Réunion du 24 février 2022

DEF EUR MPEVH – S€D / 3
Défense Européenne

PV Réunion du jeudi 24/02/2022 et Feuille de route

COLLOQUE DÉFENSE EUROPÉENNE MPEVH – S€D / Rencontre avec Jean Marsia

Libérer la parole sur un sujet aussi déterminant tout en suscitant l’intérêt du citoyen

Etaient présents
1. Joseph Mbeka
2. Abolfazl Beheshti
3. Jean Marsia
4. Joan Delenaye
5. Ryan Camara
6. Emile Debroise
7. Saïd Chatar
Absents
1. Nur De Vrim
2. Michel Dardenne
3. Pietro Emili
Retards
1. Joseph Mbeka

Excusé
1 Joseph Mbeka

Rappel :

Lors de la dernière réunion nous avions planifié la date possible du colloque, mais également discuté des différentes thématiques qui pourraient se retrouver au centre du débat. Nous avions également abordé la question d’actualité autour de la crise en Ukraine et du rôle de l’Europe dans cette crise.

Nous avions aussi fait un retour historique sur la crise géopolitique actuelle, et nous nous étions questionnés sur la question énergétique. Nous avions également listé un certain nombre de thématiques. L’une des tâches suivant cette réunion était d’organiser un rendez-vous avec le Colonel Jean Marsia, président de la Société Européenne de Défense (S€D).

Actualité brûlante

La situation en Ukraine s’est considérablement accélérée ces derniers jours, ce qui donne encore plus d’intérêt pour cette réunion. Énormément de questions sur la défense européenne peuvent ressortir de cette crise. Sur comment l’Union Européenne va réagir à cette guerre se déroulant au sein même du continent européen. A ce niveau de menace, c’est une première depuis la seconde Guerre Mondiale.

Réunion avec Jean Marsia

Début de la réunion à 14h50 à l’arrivée du Colonel Jean Marsia, président de la S€D. Elle est présidée par le Professeur Abolfazl Beheshti. A notre demande, le président de la S€D nous présente un historique de l’idée de la défense européenne, reprenant les différentes tentatives ratées aussi bien que les avancées.

La question de la défense européenne n’est pas une question si neuve, elle apparaît à la suite de la seconde Guerre Mondiale, et c’est le traité de Dunkerque qui formera la première tentative de défense européenne commune. Ce traité regroupe la France et la Grande-Bretagne et sera ratifié le 4 mars 1947.

Ensuite en vue de l’élargissement de ce traité au pays du BENELUX, le traité de Bruxelles sera ratifié le 17 mars 1948. Ce traité est l’acte fondateur du l’Union occidentale et prévoit une coopération militaire, économique, etc. Ce traité est bien évidemment ratifié dans le contexte de la Guerre Froide, où une défense commune face à l’URSS semble obligatoire. Il sera suivi par la création de l’Union de l’Europe occidentale, qui sera un élargissement de ce traité.

Néanmoins, comme le souligne le Colonel Marsia, les forces que représente cette Union ne sont rien comparées à la force militaire de l’URSS. Ce qui a ‘’forcé’’ ou tout du moins poussé les Etats Européens à se rapprocher des États-Unis. Ceci mènera au traité de Washington (ou traité de l’Atlantique Nord) signé le 4 avril 1949 par plusieurs pays occidentaux (Etats-Unis, Canada, Belgique, Danemark, France, Pays-Bas, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Royaume-Uni et le Portugal.) C’est un traité d’alliance politico-militaire.

Ce traité bien qu’apportant une certaine sécurité pour ces pays européens, les auraient placés selon le Colonel Marsia, sous protectorat des Etats-Unis. Menant assurément vers une perte de pouvoir militaire mais également économique. Bref, une perte d’indépendance. Le plan Marshall aurait également été dans l’intérêt des Etats-Unis, en effet en aidant les pays européens à se reconstruire via le même système, l’Europe aurait pu s’unir plus facilement, et donc être plus facile à gérer. Mais l’Europe ne s’est jamais totalement unie.

A la suite de cela, ce sera l’initiative de Robert Schuman : La création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier – CECA, mise en vigueur le 23 juillet 1952. Ce qui marquera une très grande coopération économique entre différents pays européens. Une tentative d’une communauté européenne de défense échoue en 1954, mettant en lumière le besoin d’une Europe politique pour pouvoir avoir une Europe de la Défense.

Après quoi, les traités de Rome de 1957 créèrent un marché commun européen, ce qui permit de compléter la communauté économique européenne dans un sens. Viendra le plan Fouchet qui sera proposé dans le but de créer le deuxième niveau de coopération européenne. Ce plan visait à la création d’une Europe confédérale. Cette tentative était notamment soutenue par le Général de Gaulle. Ce projet échouera car les pays du Benelux et l’Italie le refusèrent.

Le traité de l’Elysée signé en 1963 fixe l’objectif d’une coopération (notamment sur la question de la défense) entre l’Allemagne et la France. Mais lors de la ratification finale, l’Allemagne rajouta un préambule, qui proposait un certain rapprochement avec les Etats-Unis. Ce qui continuait la forme de protectorat de l’Europe par les Etats-Unis. Et également l’admission de la Grande-Bretagne dans le traité. Plus tard, Margaret Thatcher arrive au pouvoir en Grande-Bretagne, et pour elle seul le marché commun est important.

Europe fédérale

Ensuite le Colonel a abordé les élections de 1979 du parlement européen, et pour donner foi à l’opinion politique ces élections étaient directes. Les populations ont élu directement les députés européens. Parmi ces députés sera élu Altiero Spinelli, homme politique italien (ayant été enfermé par Mussolini), qui avait dit lors de la seconde Guerre Mondiale, que le seul moyen de sortir de ce conflit était une Europe Fédérale. En 1979, il arrive à convaincre les parlementaires européens d’aller vers une Europe Fédérale. Et il essaya de modifier le traité constitutionnel, les tentatives ne mèneront à rien. Il y eut également le conseil de Laeken qui essaya de créer une Constitution Européenne. Mais cela échouera à la suite du référendum en France et à la question populaire aux Pays-Bas dont les populations tourneront le talon au travail phénoménal abattu par un Valéry Giscard d’Estaing qui présidait la Convention européenne devant conduire à cette Constitution pour l’Europe.

Le Colonel a mis également en lumière, le paradoxe derrière le traité constitutionnel, en effet un traité est une norme juridique extérieure d’un pays, alors qu’une constitution est la norme interne la plus haute et fondatrice d’un pays. Spinelli arrivera à convaincre les parlementaires, mais les différents chefs d’Etat feront barrage. Car ceux-ci veulent une unification des traités. Dans cette unification des différents traités, ils reprendront néanmoins des idées de Spinelli, notamment l’idée d’une force politique externe unie.

Retour à la défense plus précisément

« Le Colonel nous a expliqués que le pilier européen de l’OTAN était inexistant en l’absence d’une défense européenne commune »
Nous avons également abordé la question de la dissolution de l’Union de l’Europe d’Occident à la suite de la crise de la Yougoslavie, où cette union s’est montrée inutile par manque de moyens. L’Union Européenne a repris les compétences de cette Union. L’étape suivante dans l’idée de développement de la défense européenne, avec le traité de Lisbonne (2009) mettant notamment en place une coopération structurée permanente. Mais celle-ci ne sera pas réellement mise en place avant 2017, ce n’est qu’à la suite du Brexit, lorsque l’Union Européenne désirait se montrer unie et forte, et ce même sans la Grande-Bretagne, que cette étape sera franchie. Une des raisons de cette lenteur est notamment due aux visions différentes au sein de l’UE pour cette coopération structurée. Cet à ce moment-là que Frederica Mogherini a réussi à faire adopter une liste de 30 menaces pour l’Union Européenne (La Russie, le terrorisme, etc). Malheureusement, il n’y a pas de priorité dans cette liste (due notamment au fait que les dangers prioritaires changent en fonction des pays).

Mais pour revenir sur le traité de Lisbonne, celui-ci représente à la fois des avancées au niveau de la défense commune mais également des pas en arrière. Cela est dû en partie par le chef d’État Français de l’époque, le Président Nicolas Sarkozy qui était contre une défense commune. De plus, les Français, quant à eux, voulaient que ceux qui le souhaitaient puissent avancer à leur rythme, et le plus rapidement possible. Alors que les Allemands eux désiraient que l’on avance ensemble. C’est le modèle allemand qui a été mis en œuvre et qui n’a mené à rien.

Sans doute, l’Allemagne redoutant une préséance de la France qui ne cesserait de s’accroître de par sa suprématie militaire ne désire-t-elle pas accompagner une telle éventualité. Celle-ci en deviendrait « l’autorité morale » de fait de l’Europe. Et d’autre part, la position de Sarkozy est antinomique avec une Europe visant à l’Unité. La vérité doit se situer entre les deux dans un effort « coordonné » (voire concerté) des possibilités de chaque État.

Position de la S€D et de Jean Marsia.

Dans cette partie de la réunion, nous avons discuté de la difficulté pour la S€D et son président de faire entendre aux politiques cette vision d’une défense européenne commune.
Mr. Marsia nous expliquait notamment le refus systématique des maisons d’édition pour son livre – « Une constitution fédérale pour les États-Unis d’Europe. Pourquoi et comment ? » – ou encore le refus très fréquent des journaux pour ses articles, etc.

Nous avons également parlé de la position de la S€D sur les tensions actuelles en Ukraine, la réponse est celle-ci : La S€D ne se place pas contre quelqu’un ou un pays, mais elle se positionne fermement pour une Europe unie et autonome.

Cette question d’autonomie de l’Europe nous a ensuite menés à ceci :

Après le traité de Lisbonne l’idée d’une défense européenne est revenue via les paroles du Président Français actuel, Mr. Macron qui a annoncé publiquement le 11 novembre 2018 son désir d’une armée européenne. Cette annonce fut d’abord très mal prise par le Président Donald Trump, mais après un entretien privé entre les deux chefs d’Etats, Trump était officiellement pour une armée européenne (qui resterait dans l’OTAN et donc cela augmenterait la force de l’OTAN).

Mais que penserait par exemple la Russie d’une armée européenne ? Il semblerait qu’une armée européenne forte serait également vue d’un bon œil de la part de Moscou. Car cela rendrait l’Europe moins dépendante des États-Unis, et donc plus apte à décider de sa diplomatie vis-à-vis de la Russie (potentiellement moins de tensions ?) Ceci fut confirmé par le Colonel Marsia, qui nous raconta une anecdote sur la défense de sa thèse qui fut notamment lu par un colonel russe qui lui confirma qu’une défense européenne commune n’était pas mal vue du tout. Visiblement, les deux supers puissances ne s’opposent pas de facto à une telle entreprise.

Nous avons ensuite derechef évoqué la stratégie protocolaire du Président Russe, M. Poutine, car tous ces signes sont annonciateurs d’alliance ou non ou pire, de ce qui peut suivre. Avec bien évidemment la rencontre entre le Président Français et le Président Russe, où tout était mis en place pour ’’ humilier ‘’ Mr. Macron (cfr. page 3 et photo(s) PV Def Eur Mpevh – S€D / 2 du 10/02/2022). Nous avons également parlé de l’humiliation qu’aurait subi le Gouvernement iranien de la part de la Russie lors de l’accueil du président Ebrahim Raïssi. (Rappelons-le, un Iran fort et ayant des bonnes relations avec l’Union Européenne serait une réponse aux problèmes énergétiques de l’Europe). Nous avons mis ces deux cas en exergue, ils ont été comparés à la rencontre entre Mr. Poutine et le président Chinois lors de l’ouverture des Jeux de Pékin, où les deux chefs d’État se sont fait la bise. Notons que l’attaque russe prend place peut après cette scène d’effusion publique entre Poutine et Xi Jinping. Tout observateur avisé y aura décelé un « Go » sous-jacent de la Chine. Une alliance tacite. C’est « la diplomatie par le langage des signes ». Mr. Poutine utilise extrêmement bien le protocole pour passer ses messages. Cqfd !

Les freins à une Europe fédérale (Et Défense Commune)

Les différentes crises que traversent l’Europe (migratoire, pandémique, géopolitique, etc.) nous montrent la lenteur des structures de l’Union Européenne, car chaque décision est au final intergouvernementale. Pour pallier cela, il faudrait d’après le Colonel Marsia, un Chef d’État fédéral, un pouvoir législatif fédéral, une structure totalement européenne. Mais cela serait bloqué par les personnalités politiques des différents pays de l’Union européenne.

L’Allemagne notamment bloquerait toute tentative vers un véritable fédéralisme (leur constitution leur interdit de rejoindre un État fédéral européen, avec le paradoxe qu’elle fut elle-même un État fédéral…) En France, le problème lié au fédéralisme est de nature historique, différents groupes ont déjà utilisé le fédéralisme comme image, et dans un sens l’ont perverti. Un rappel historique entre Girondins (fédéralistes) et Jacobins (unionistes qui eurent le dernier mot à coup de guillotines) trouva toute sa place dans le débat. Dans ce cas précis, Jean Marsia, pour sa part, demeure optimiste qu’une bonne communication soit la clé à l’évolution des mentalités.

Soulignons, au demeurant, que celle-ci bute et butera toujours sur « l’harmonisation fiscale » tant les disparités sont énormes. La crise des Subprimes et le naufrage de la Grèce étant suffisamment frais en nos mémoires pour en illustrer la réalité. Les États-Unis, la Russie, l’Inde, la Chine, le Canada, l’Australie ou le Brésil ne sont unis que du fait de cette harmonisation. L’harmonisation fiscale est le signe que l’on appartient à un même corpus social. Voilà tout le challenge d’une Europe Fédérale. Mais il y a un premier pas à tout.

L’OTAN et une défense européenne : Cohabitation possible ?

Pour le Colonel Marsia, Docteur en Sciences Politiques de l’ULB, il est impossible de créer une Europe totalement Unie en dehors de l’OTAN, les Etats-Unis ne laisseront jamais cela se faire. Il faudrait donc créer au sein de l’OTAN un pilier européen assez fort pour « rééquilibrer » l’OTAN. La base d’une défense commune devrait être organisée entre les pays partageant le plus de traités en commun (Otan, UE, monnaie unique, Espace Schengen). Avec un pilier européen fort au sein de l’OTAN, l’OTAN pourrait enfin être au service des pays européens et non l’inverse actuelle.
Il suffirait pour le Colonel que quelques pays décident de former une défense commune, et les autres s’y ajouteraient au fur et à mesure, exactement comme au début de l’Union Européenne.

Rôle de la MPEVH ?

Nous avons demandé au Colonel Marsia lors de cette réunion ce que nous pouvions faire pour aider à faire avancer ce débat. Nous devrions, d’après lui, essayer tous les canaux de communication, mais également essayer d’approcher le monde syndical et politique (notamment les partis de gauche, même si il a bien spécifié la difficulté pour ces partis de se positionner sur des mesures ‘’militaires’’).
Comme dit précédemment, il y aurait une certaine censure autour des idées de la S€D, et notre rôle ici serait d’inviter à notre colloque des personnes politiques qui pourraient à la suite de ce débat citoyen, prendre conscience d’une possible nécessité de défense commune. Joseph Mbeka, Directeur Financier de la Mpevh, a tenu à ne pas s’appesantir sur le volet politique qu’il semble apercevoir telle une martingale de la S€D tant elle accompagne sa démarche d’une nécessité d’une « Europe Fédérale ». Les « Etats-Unis d’Europe » pourront faire l’objet d’une réflexion ultérieure. Il s’agit, en l’occurrence, de traiter de l’Europe de la Défense sans forme ni délai, toutes affaires cessantes, car il y a le feu à la Maison Europe. Ses contours s’imposeront d’eux-mêmes.

Rappel :

La date adoptée pour la tenue de ce colloque est celle du mercredi 27 avril 2022. Cette date permet à la fois de rester le plus proche de l’actualité vis-à-vis de l’Ukraine dans la limite du raisonnable lié à l’organisation de ce colloque (subsides, intervenants, etc). Mais également cela permet d’éviter la période électorale française qui va accaparer toute médiatisation. Cependant, une réserve pour la date du jeudi 28 avril 2022 est notamment retenue. Le Colonel a fait remarquer l’irréalisme de cette date du 27 avril pour l’organisation d’un tel événement. Joseph Mbeka qui coordonne la cellule DEF EUR lui a précisé que fin juin fut la date initiale pour pareil colloque, mais que l’actualité brûlante exigeait de notre part de mettre les bouchées doubles pour fin avril. Si nous ne pouvons rencontrer cet objectif, le colloque sera reporté à sa date initiale de juin 2022. La deadline insiste pour que cela se fasse sous le mandat français de la présidence du Conseil de l’Union européenne qui finit en juin – Conseil des ministres de l’UE – car plus sensible que tout autre protagoniste sur la question de l’Europe de la Défense, ce dans la plus pure tradition gaulliste.


Fin de la réunion

Répartition des tâches 
1. Joseph Mbeka : Recherche des subsides
2. Abolfazl : Organisation avec la salle
3. Joan : S’occuper d’invités des experts et des intervenants.
4. Ryan : Chargé de la communication
Début de la Réunion à 14h50 et fin à 16h20

Prochaine réunion : Jeudi 17 mars 2022 à 14h

Coordinateur de la cellule DEF EUR et correction du PV : Joseph Mbeka
Rapporteur : Emile Debroise

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